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N° 133
Action éducative et sociale, l’apport de la non-violence

Éditorial

Quand dans les années 1970 et 1980, à l’époque du Larzac et des euromissiles, quelques marginaux se demandaient si les méthodes non-violentes étaient capables d’enrichir les pratiques éducatives, ils étaient regardés d’un oeil autant interrogatif que désabusé ! À quoi bon essayer, avec quelles méthodes appropriées ? Celles de la désobéissance civile, du boycott, de la grève de la faim ? Et chacun de se débrouiller avec la colère de son adolescent, comme l’enseignant avec sa classe difficile ou comme le directeur d’un centre de loisirs où les animateurs se croient sur un ring ! Nul ne s’était encore risqué à modéliser des apprentissages non-violents pour tenter de résoudre ce genre de conflits.

C’est alors que sont nées, dans la mouvance non-violente, différentes commissions « Éducation et non-violence ». Leurs tâtonnements furent à l’image de leur lucidité et persévérance. Parce que l’histoire s’écrit avec des noms d’hommes et de femmes, il convient de nommer, parmi ces pionniers, Bernadette Bayada, Anne-Catherine Bisot, François et Geneviève Lhopiteau, Georges Gagnaire, Guy Gougeon, Jean-Baptiste Libouban, Élisabeth Maheu, Fabien Pujervie, parmi bien d’autres.

L’année 1989 est à retenir. Il y a donc quinze ans, des membres du groupe Man de Normandie décident de créer un Institut de formation spécialisé dans la régulation non-violente des conflits. Et voici que l’Ifman commence à proposer des formations à la régulation non-violente des conflits dans le milieu socio-éducatif. Les recherches pédagogiques vont alors bon train, pour définir les problématiques et les contenus des formations, comme pour les confronter à ceux d’autres organismes.

De nos jours, l’apport de la non-violence dans le milieu socio-éducatif est de plus en plus reconnu et apprécié. Ce n’est pas un hasard, si en 2004, lors d’une réunion avec l’ensemble des délégués syndicaux, le directeur d’un Centre départemental de l’enfance — employant plus de six cents salariés intervenant dans d’innombrables structures du département — déclare, après s’être soigneusement informé des travaux de l’Ifman : « Il nous faut maintenant nous intéresser à l’alternative proposée par la non-violence » ! Ce n’est pas un hasard non plus si des organismes de formation, dont aucun formateur n’a été militant dans un mouvement non-violent, s’intéressent maintenant à l’apport de la non-violence, par exemple pour que des gardiens d’immeubles cessent d’être humiliés par certains habitants, ou pour que les conducteurs de bus sachent mieux réagir face à des usagers agressifs. En final, il convient de préciser ici que l’objet de ce numéro d’ANV n’est pas de rendre compte des pratiques de toutes les associations qui se réfèrent explicitement à la notion de non-violence dans le secteur socio-éducatif. Nous parions que celles qui ne sont pas citées sauront se reconnaître au moins partiellement dans celles qui le sont.

François VAILLANT