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N° 135
La non-violence désarme les religions

Éditorial

Décidément, la vie est compliquée ! On pensait en avoir fini avec la question du divin tant la religion semblait appartenir aux meubles du passé. Rien ne va plus, la réalité est toute différente. Deux processus coexistent : le monde se laïcise tandis que des croyances religieuses s’affermissent, la religion perd du terrain en même temps que le fanatisme religieux est tout ragaillardi.

Plus fondamentalement, n’y a-t-il pas dans la notion même de religion les germes de la violence ? Est-il possible de concilier l’exigence de non-violence avec une visée de l’Absolu ?

Quand nous lisons les textes fondateurs d’une religion ou une prescription d’une autorité religieuse, nous portons déjà en nous tout un ensemble de convictions, irrécusables, qui constituent notre conscience éthique et, parmi elles, celles qui rejettent la violence et qui prescrivent la non-violence. Si ce texte religieux ou cette prescription préconise la violence, ou seulement la cautionne, il nous est tout simplement impossible de lui accorder la moindre crédibilité : l’existence d’un tel Dieu n’est pas crédible, elle n’est pas « croyable ». S’il y a un Dieu, il ne peut être que non-violent, et il ne peut être que désireux que les hommes le deviennent un peu plus.

Plutôt que d’interroger chacune des religions sur le rôle qu’elle réserve à la violence, nous avons choisi, à l’instigation de Bernard Quelquejeu, de privilégier une approche transversale. En allant débusquer ce que disent les religions quand elles parlent de « vérité », de « pouvoir », de « sexualité », d’« universalisme », etc., cette approche manifeste l’étonnante pertinence de la non-violence pour juger les religions historiques, et surtout, elle met en évidence les incomparables ressources dont l’action non-violente se montre capable au coeur des luttes religieuses, comme en témoignent les articles de ce numéro.

François VAILLANT