Alternatives non-violentesPrésentationDerniers numérosNuméros disponiblesArchivesAffiche « 100 dates »Abonnement |
N° 138
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| Sommes indiquées en milliards d’euros Sources : Quid.fr // aacc.fr/statistiques |
2000 | 2001 | 2002 | 2003 | 2004 |
| Dépenses du Ministère de la Défense (hors pension) | 28,6 | 28,8 | 31,1 | 32,4 | 32,9 |
| Dépenses de communication des annonceurs | 28,9 | 29,0 | 29,2 | 29,7 | 31,2 |
Comme c’est en fin de compte le consommateur qui paie la publicité, cela lui coûte en moyenne 500 euros par an, car, tel un impôt bien caché, le coût des publicités est répercuté sur le prix des produits achetés.
Les métaphores militaires
Que les dépenses des annonceurs soient comparables en France aux dépenses militaires fait tout de suite penser au langage publicitaire si riche en métaphores guerrières. Les consommateurs sont des « cibles », les arguments de vente des « flèches », les marchés des « créneaux », les effets des « impacts ». Les publicitaires font des « campagnes », avec des « stratégies » finement élaborées.
L’une des principales publications des professionnels de la publicité s’appelle même Stratégies ! Pour mieux comprendre ce que cela induit, il faut probablement rappeler que le mot « stratégie » provient du grec stratêgia, lequel se traduit par « l’art de faire la guerre ». Les consommateurs-citoyens que nous sommes sont donc avertis : victimes il y a, victimes il y aura !
Des partisans de la non-violence ne sont pas indemnes de l’intrusion du langage militaire dans leurs propos. Certains parlent de « stratégie de l’action non-violente », ce qu’il est probablement préférable de nommer la « logique de l’action non-violente ». Non seulement parce que cette appellation se réfère à une partie centrale de la philosophie, intéressante pour comprendre l’agir humain, mais aussi parce qu’elle induit ce qui fut si cher à Gandhi, à savoir la cohérence de la fin et des moyens pour conduire avec efficacité une action moralement acceptable.
Des antipublicitaires sont parfois coupables, eux aussi, de reprendre à leur compte des métaphores militaires, ou propres au langage de la violence, pour faire valoir leurs revendications. C’est ainsi, par exemple, qu’un excellent site antipublicitaire sur la Toile s’appelle « Brigade antiPub » (www.bap.propagande.org ). Par ailleurs, des autocollants antipublicitaires sont parfois collés sur les affiches d’aubettes (arrêts de bus). Outre le fait que ceux qui les collent fuient la police, ces autocollants ont-ils vocation à faire réfléchir pédagogiquement le passant sur les méfaits de la publicité ou alors à le braquer d’emblée ? Je ne suis pas certain que des injonctions du genre « Consomme, pollue et tais-toi, c’est un ordre ! », « Détruis la pub sinon elle te détruira » soient dans une logique susceptible de faire réfléchir les passants. Il en va tout autrement quand les autocollants sont drôles, imagés, ou quand des militants antipublicitaires collent des poèmes sur des affiches.
Quelle langue française véhicule la publicité ? Certainement pas celle de Voltaire ou de Victor Hugo. Une simple lecture du 4-pages, "l’argumentaire" du Collectif des déboulonneurs (« Invasion publicitaire, désobéissons »), et des fiches qui y sont associées, confirme que les déboulonneurs sont plutôt attachés à la beauté de la langue française. Pour certains, l’intrusion de mots anglais dans le langage courant ne fait que rappeler que la langue américaine sert l’impérialisme commercial et politique des Etats-Unis.
Ah ! et pourquoi « déboulonneur » ? C’est d’autant plus paradoxal que ce mot n’existe pas dans le dictionnaire, à la différence de « déboulonner » ! Les cinq fondateurs du Collectif des déboulonneurs s’en expliqueront peut-être un jour devant un magistrat ! En attendant, ils confirment que ce terme a été retenu par eux, notamment parce qu’il sonne bien dans les oreilles. D’ailleurs, c’est bien ce qu’attestent ceux et celles qui viennent participer activement aux barbouillages. La majorité d’entre eux ont entre 18 et 35 ans. Ce vocable leur plaît à souhait. À se demander si les cinq fondateurs du Collectif des déboulonneurs n’ont pas procédé à une série de tests sur cette tranche d’âge avant de lancer leur appellation non contrôlée ! Il n’en demeure pas moins que ces jeunes appartiennent à la nouvelle génération qui le plus souvent n’a jamais milité nulle part. Ils se disent très intéressés par l’option non-violente des déboulonneurs. Ils ne se disent pas « militants » mais « activistes » antipublicitaires. L’intrusion du langage militaire sous forme de métaphores est vraiment partout, mais on sent que les temps changent. Vive la non-violence !
Que vaut l’objectif 50 x 70 cm ?
Il va falloir que les afficheurs embauchent du monde pour retirer leurs énormes dispositifs publicitaires de 4x3 m, ainsi que tous les obstacles urbains que l’on rencontre maintenant dans de plus en plus de villes que leurs maires, tels de vulgaires proxénètes, vendent aux afficheurs ! Par « obstacles urbains », nous entendons, par exemple, les « sucettes » JCDecaux, trop souvent appelées « mobilier » alors qu’elles obstruent plus qu’elles ne meublent… Mais on ne peut pas, diront certains, retirer comme ça des panneaux publicitaires ! Si cela peut se faire, par exemple, à Genève, où la mairie a décidé de retirer 470 panneaux[9], pourquoi cela ne pourrait-il pas se faire en France ?
La réforme de la loi, souhaitée par le Collectif des déboulonneurs, instaure donc le format 50x70 cm comme taille maximale pour toute affiche. Vous êtes-vous déjà senti agressé par une affiche de ces dimensions ? Pourquoi cette revendication serait-elle utopique ? À Paris, la municipalité impose déjà ce format maximal aux affiches… d’opinion ou associatives ; alors pourquoi ce cas particulier propre à la capitale ne pourrait-il pas s’étendre à toutes les affiches, commerciales et autres, sur tout le territoire ? En limitant à 2 mètres carrés les dispositifs publicitaires – ce qui leur permet donc d’accueillir chacun quelques affiches de 50x70 cm, et en les limitant par commune en fonction du nombre d’habitants, notre pays cessera d’être défiguré.
Une telle réforme de la loi serait à coup sûr une brèche contre l’envahissement publicitaire, mais l’instauration du 50x70 cm a-t-elle des chances de recevoir l’assentiment de l’opinion publique durant les mois qui viennent, sans quoi la revendication des déboulonneurs tombera à l’eau ?
Il faut compter avec le temps ! En plus du temps, il va falloir que les déboulonneurs usent de pédagogie. Ce n’est jamais simple d’accepter de se désintoxiquer, tant les « 4x3 » font partie du paysage auquel notre champ visuel a tendance à s’habituer en toute passivité. Il m’a fallu trois mois pour être convaincu que le 50x70 cm était un objectif "précis, limité et atteignable". Pour arriver à cette désintoxication, je me suis mis à scruter tous les panneaux, à descendre parfois de voiture avec un mètre à la main pour aller mesurer ceux que mon regard croisait. J’ai commencé à me dire qu’une affiche de 50x70 ne serait vraiment pas grande ! Puis j’ai eu l’occasion d’en voir plusieurs dans le sous-sol du métro parisien, là où des spectacles sont annoncés sur les quais. Mais c’est parfaitement lisible ! Ensuite, un jour, j’ai dû trouver, dans une ville de cent mille habitants, un hôtel dont je ne connaissais que le nom que le nom de la chaîne. Je souhaitais secrètement y trouver quelques grands panneaux m’indiquant la voie à suivre. Comme je cherchais cet hôtel, j’ai alors aperçu plusieurs petits panneaux de 15x60 cm dont l’un indiquait sa direction à un carrefour. De fil en aiguille, grâce à ces tout petits panneaux, j’ai parcouru deux kilomètres sans me tromper jusqu’à la bonne adresse. Tout grand panneau de 4x3 m m’aurait été inutile.
Les grands panneaux de 4x3 m sont vains, sauf pour le matraquage publicitaire, comme les « sucettes » JCDecaux, y compris quand ils annoncent un itinéraire à suivre pour rejoindre par exemple un supermarché. Pour les gens du coin qui connaissent déjà le chemin, leur présence est sans objet. Si je suis en vacances, je n’aurai qu’à regarder les indications semblables à celles des hôtels pour trouver un supermarché si je décide de tourner le dos au petit commerce local. De fait, les préenseignes, qui soi-disant indiquent le chemin à suivre pour trouver une activité commerciale, sont des publicités camouflées. Et pourquoi tous les professionnels auraient-ils besoin de grands panneaux publicitaires pour faire connaître leurs produits marchands ou le lieu de leur activité ? En France, les médecins n’ont toujours pas le droit de faire de la publicité. A-t-on déjà vu quelqu’un qui, déménageant dans une nouvelle ville, n’y aurait jamais trouvé de médecin ? Il faut du temps pour accepter de se laisser désintoxiquer de la publicité !
Autre argument en faveur du 50x70 cm ! Les publicitaires aiment à dire que leurs panneaux géants sont de l’art, que ceux-ci décorent les villes et les campagnes, qu’ils contribuent à l’éclairage nocturne ! C’est oublier que, dans plusieurs grandes villes, des mairies courageuses ont fait démonter de grands dispositifs publicitaires pour mettre à leur place des arbres et des fleurs. Personne ne s’en plaint ! Et à quoi ressemblerait demain le rond-point des Champs-Élysées si subitement des panneaux y étaient installés à la place des ornementations florales ?
Les métros de nos métropoles seraient-ils subitement tristes sans l’envahissement publicitaire ? Dans le tout neuf métro d’Istanbul, il n’y a aucune affiche publicitaire, et pourtant il est éclatant de beauté. On y circule avec plaisir. Des décorations de céramique colorées égayent les stations et les couloirs ; de grandes photos, représentant l’Istanbul des années 1960, illustrent avec finesse l’environnement des passagers. À Pantin (Seine-Saint-Denis), une splendide grande fresque murale, réalisée par des élèves des Beaux-Arts, éclairée doucement la nuit, évite encore que ce même mur soit utilisé pour un affichage commercial. Oui, il y a mille choses à inventer pour redonner un visage coloré et non agressif à notre environnement quotidien qui attend d’être débarrassé de l’idéologie publicitaire. Les associations de quartier, dans ce domaine, pourraient fort bien donner des idées aux mairies.
En fin de compte, il faut environ trois mois pour accepter que son regard se désintoxique de l’actuel affichage public et pour se convaincre que le « 50x70 » est finalement une revendication juste et équilibrée.
Du côté des pouvoirs publics
En bonne logique non-violente, le recours à la désobéissance civile est un ultime moyen d’action quand les courriers, pétitions et manifestations n’ont été suivis d’aucun effet. L’un des cinq fondateurs du Collectif des déboulonneurs a fait une enquête sur ce que l’on peut appeler le mépris de l’actuelle majorité parlementaire concernant l’affichage publicitaire et l’atteinte au cadre de vie.
Dialogue entre les parlementaires et le ministère de l’Écologie et du Développement durable, 12e législature
SYNTHESE
Entre le 25 novembre 2002 et le 21 juillet 2003, les députés ont posé au ministère de l’environnement 35 questions écrites à propos de l’affichage publicitaire. La même réponse a été publiée 8 fois au JO entre le 7 avril 2003 et le 1er décembre 2003.
Réponse publiée au JO le : 07/04/2003 page : 2713
Réponse publiée au JO le : 28/04/2003 page : 3331
Réponse publiée au JO le : 05/05/2003 page : 3488
Réponse publiée au JO le : 19/05/2003 page : 3883
Réponse publiée au JO le : 02/06/2003 page : 4265
Réponse publiée au JO le : 28/07/2003 page : 6042
Réponse publiée au JO le : 15/09/2003 page : 7125
Réponse publiée au JO le : 01/12/2003 page : 9192
Texte de la REPONSE : La ministre de l’écologie et du développement durable a pris connaissance, avec intérêt, des questions concernant l’application de la réglementation de la publicité extérieure. Malgré la vigilance des services de l’État et des maires chargés, sous l’égide du préfet, de faire respecter la réglementation, de nombreux abus peuvent en effet être constatés, que ce soit aux entrées de ville ou sous forme d’affichage sauvage. Or, les textes, s’ils étaient correctement et spontanément appliqués par les afficheurs eux-mêmes, permettraient de résoudre l’essentiel des problèmes et de protéger le cadre de vie des pollutions visuelles. Toutefois, dans le souci d’une plus grande efficacité dans la mise en œuvre de la réglementation et donc d’une meilleure protection du cadre de vie, la ministre estime devoir engager une réflexion approfondie portant aussi bien sur l’évolution des textes dans un sens plus protecteur que sur les conditions de leur mise en application, pour laquelle une simplification des règles devra être recherchée. Un processus de concertation va ainsi être engagé, au cours duquel les différents acteurs concernés - élus locaux, associations et professionnels - seront associés.
35 questions écrites JO du 25/11/2002 : 5 JO du 02/12/2002 : 2 JO du 09/12/2002 : 4 JO du 16/12/2002 : 5 JO du 23/12/2002 : 3 JO du 30/12/2002 : 2 JO du 06/01/2003 : 1 JO du 13/01/2003 : 2 JO du 20/01/2003 : 3 JO du 24/02/2003 : 1 JO du 31/03/2003 : 2 JO du 07/04/2003 : 2 JO du 26/05/2003 : 1 JO du 16/06/2003 : 1 JO du 21/07/2003 : 1 |
Texte de la réponse : la ministre de l’écologie et du développement durable a pris connaissance, avec intérêt, des questions concernant l’application de la réglementation de la publicité extérieure. Malgré la vigilance des services de l’État et des maires chargés, sous l’égide du préfet, de faire respecter la réglementation, de nombreux abus peuvent en effet être constatés, que ce soit aux entrées de ville ou sous forme d’affichage sauvage. Or, les textes, s’ils étaient correctement et spontanément appliqués par les afficheurs eux-mêmes, permettraient de résoudre l’essentiel des problèmes et de protéger le cadre de vie des pollutions visuelles. Toutefois, dans le souci d’une plus grande efficacité dans la mise en oeuvre de la réglementation et donc d’une meilleure protection du cadre de vie, la ministre estime devoir engager une réflexion approfondie portant aussi bien sur l’évolution des textes dans un sens plus protecteur que sur les conditions de leur mise en application, pour laquelle une simplification des règles devra être recherchée. Un processus de concertation va ainsi être engagé, au cours duquel les différents acteurs concernés - élus locaux, associations et professionnels - seront associés. |
C’est donc la seule réponse de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de l’Écologie et du Développement durable du 6 mai 2002 au 30 mars 2004, concernant la délinquance publicitaire régulièrement signalée par les parlementaires, faisant souvent référence aux faits établis, souvent en justice, par l’association Paysages de France, agréée par le ministère.
Entre le 17 novembre 2003 et le 26 juillet 2005, les députés ont posé au ministère de l’environnement 9 questions écrites à propos de l’affichage publicitaire. La même réponse, à quelques mots près, a été publiée 3 fois au JO entre le 30 août 2005 et le 18 octobre 2005, exception faite de la question publiée au JO du 22/03/2005, dont la réponse est publiée au JO le 30 août 2005.
Texte de la réponse - JO du 30 août 2005 : la ministre de l’écologie et du développement durable a pris connaissance, avec intérêt, de la question relative à l’affichage publicitaire. Les contentieux en matière de règlements locaux de publicité portent autant sur le fond que sur la forme. La complexité des textes en la matière, et notamment celle des décrets d’application de la loi sur la publicité, fait actuellement l’objet de réflexions dans le cadre d’une concertation approfondie avec les différents acteurs concernés (élus, associations et professionnels). Les propositions d’amélioration actuellement envisagées vont prioritairement dans le sens d’une meilleure protection du cadre de vie et d’une simplification des textes, qui conduiront sans doute à une décentralisation accrue du dispositif en vigueur.
M. Serge Lepeltier, ministre du 30 mars 2004 au 31 mai 2005, n’aura donc même pas pris la peine de répondre, dans l’exercice de ses fonctions, ni aux questions laissées en plan par Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ni à celles posées pendant son mandat. Mme Nelly Olin, ministre depuis le 2 juin 2005, s’acquitte enfin de ce devoir pour son ministère, de façon lapidaire, en glissant au passage dans sa réponse du 30 août 2005 un mensonge : la concertation approfondie est peut-être en cours avec les professionnels délinquants et les élus, mais certainement pas avec les associations. D’ailleurs, le 18 octobre 2005, réapparaît la réponse antérieure, dans laquelle le futur est de nouveau employé pour évoquer cette concertation.
À quoi sert le B.V.P. ?
Quand des citoyens rencontrent ou écrivent à des élus ou des publicitaires pour se plaindre de méfaits occasionnés par la publicité, il est fréquent que ceux-ci leur répondent qu’ils n’ont rien à craindre car le Bureau de Vérification de la Publicité (B.V.P.) veille à ce que la loi soit observée pour qu’il n’y ait ni panneau publicitaire illégal, ni sexisme , ni atteinte aux libertés... dans la publicité. Le citoyen non averti se retrouve alors parfois rassuré, pensant naïvement que le B.V.P. agit comme le fait le C.S.A. au sujet de la télévision. Il n’en est rien.
Thomas Guéret, président de l’association Résistance à l’agression publicitaire (R.A.P.[10]), l’écrit fort bien[11] : " Le Bureau de vérification de la publicité, ‘Association des professionnels pour une publicité responsable’, est, comme son nom complet l’indique, une association regroupant des agences publicitaires, des annonceurs et des ‘supports’ (chaînes de télévision, presse, afficheurs, etc.). Il s’agit d’un organisme de droit privé créé par et pour ceux qui ont des intérêts dans la publicité. On peut ainsi lire, sur la page ‘adhérer au B.V.P.’ du site www.bvp.org, la phrase suivante : ‘Le BVP est au service des professionnels - annonceurs, agences, supports - et de la publicité’. Un organisme de vérification de la publicité formé par ceux-là mêmes qui sont les auteurs de ce qui doit être évalué est donc forcément juge et partie. Le B.V.P. est par conséquent pour nous totalement illégitime dans les fonctions qu’il prétend assumer.
La preuve de son illégitimité est donnée par son fonctionnement même. L’activité du B.V.P. repose sur le postulat de l’autodiscipline des acteurs du milieu. Toujours sur la même page internet du B.V.P., on peut lire : ‘Adhérer au BVP, c’est s’engager volontairement à jouer la carte de l’autodiscipline’. Son but est donc d’éviter à tout prix l’adoption de nouveaux textes législatifs, qui, selon lui, entraveraient la créativité publicitaire ! (...) En outre, contrairement à ce que son nom laisse croire et au rôle qui lui est confié par le C.S.A., le B.V.P. n’a aucun pouvoir contraignant. Il n’émet que des avis consultatifs sur les campagnes, en cours, ou déjà diffusées ! En effet, seuls les spots publicitaires télévisuels doivent être soumis systématiquement au B.V.P. avant diffusion. Concernant l’affichage dans l’espace public par exemple, la sacro-sainte liberté d’expression publicitaire est totale.(...) »
Parce que les déboulonneurs n’avaient rien à attendre ni du législateur ni du B.V.P., ils se sont donc lancés fin novembre 2005 dans l’action de désobéissance civile que l’on sait. Et ceci vient à point nommé, car " la cote d’amour de la publicité a nettement chuté en trois ans, selon une enquête TNS Sofres/Stratégies. Traditionnellement publiphiles, les jeunes et les 25-34 ans n’échappent pas au mouvement[12]. " Ceci, comme les chiffres qui suivent, est tiré de Stratégies, la revue des professionnels de la publicité. Pourquoi les médias en ont-ils si peu parlé ? Si la réponse ne vous vient pas, il est urgent que vous vous posiez la question de la liberté de la presse.
ENCADRÉ
À la question[13] : "D’une manière générale, que pensez-vous de la publicité ? Y êtes-vous...
Rappel enquête TNS Sofres/Stratégies |
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en % |
octobre 2005 |
septembre 2002 |
Très favorable |
2 |
5 |
Plutôt favorable |
35 |
38 |
TOTAL FAVORABLE |
37 |
43 |
Plutôt opposé |
28 |
23 |
Très opposé |
15 |
13 |
TOTAL OPPOSÉ |
43 |
36 |
Indifférent |
19 |
20 |
Sans opinion |
1 |
1 |
Ainsi, 43% des Français interrogés affirment qu’ils sont très ou plutôt opposés à la publicité, score encore jamais vu !
M. François Kermoal, directeur de la rédaction de Stratégies, écrit dans l’éditorial du numéro où est paru ce sondage : " Annonceurs frileux ou pressurisés et publicitaires sans enthousiasme, tout le monde a sa part de responsabilité. (...) Les grandes marques manquent de conviction et n’ont plus rien à nous dire. La bonne publicité est la seule à pouvoir les guérir." Rappelons que le magazine Stratégies n’est pas une publication destinée au grand public, mais s’adresse aux professionnels du monde publicitaire. Si M. François Kermoal cherche à rencontrer des personnes « de conviction, ayant quelque chose de nouveau à dire aux publicitaires », il pourrait prendre contact, par exemple, avec la Coordination nationale du Collectif des déboulonneurs. Parions qu’il lui serait proposé d’échanger au sujet du 50x70 cm …
D’où vient le Collectif des déboulonneurs ?
Ce collectif est en lien avec un site de la Toile, sur lequel chacun peut imprimer l’« argumentaire » intitulé « Invasion publicitaire, désobéissons ! ». Le numéro 137 d’ANV l’a reproduit presque entièrement. Cet argumentaire a été conçu par cinq personnes durant plus d’un an.
Qui sont ces cinq personnes ? Elles déclinent leur identité en dernière page : Alex Baret, Yvan Gradis, François Jourde, David Sterboul et François Vaillant.
Aucun d’eux ne cède ou ne cédera à la tentation du vedettariat, qu’on se le dise ! Pour mieux comprendre leur intention, il faut remonter au moins aux années 2000-2003. L’invasion publicitaire galopait déjà à cette époque. Avant qu’elle ne prenne les formes honteuses que nous lui connaissons actuellement (écrans « plasma » dans certains bureaux de poste, obstacles urbains (sucettes JCDecaux) sur les quais de certaines gares Sncf où pourtant il y a déjà peu de place pour circuler, etc.), des individus s’insurgeaient déjà un peu partout en France, par le biais de certaines associations, comme l’UFC Que Choisir, R.A.P. (Résistance à l’agression publicitaire), Chiche !, et bien d’autres.
C’est donc à cette époque-là que deux événements, fort différents l’un de l’autre, se sont produits. Le premier fut l’initiative d’un citoyen, dont le nom figure parmi les cinq fondateurs du Collectif des déboulonneurs. Littéralement écœuré par l’envahissement de l’espace public par les panneaux publicitaires, et passionné par la non-violence et la désobéissance civile, ce citoyen a commencé à barbouiller, avec une poignée de compères, plusieurs panneaux publicitaires, tout en invitant des amis à venir assister au spectacle. La presse écrite et audio-visuelle s’est alors passionnée pour ces actions de barbouillage qui se terminaient souvent par des arrestations et séjours au commissariat. Mais ni le Parquet ni les afficheurs n’ont porté plainte.
D’innombrables journaux, de Libération à Télérama, des radios et des chaînes de télévision se sont alors faits le relais de la publiphobie, lançant plus ou moins un débat sur les méfaits de la publicité.
Le deuxième événement a eu lieu dans le métro parisien, à l’automne-hiver 2003-2004, lancé grâce à des appels sur la Toile. Des centaines de jeunes et moins jeunes se sont retrouvés, trois soirs durant, avec des marqueurs et ont dessiné des graffitis pleins d’humour sur plusieurs centaines d’affiches. Un procès a eu lieu en mars 2004, avec des amendes à payer. Les cinq fondateurs du futur Collectif des déboulonneurs ont eu des attitudes différentes lors de ces actions dans le métro parisien.
Forts de ces deux expériences, ils se sont retrouvés régulièrement pour cogiter et élaborer ce qu’il est maintenant convenu d’appeler une action sans retour.
Désobéissance civique ou civile ?
« Désobéissance civique » résonne joliment, renvoyant au terme « citoyen », mais cette expression est-elle pour autant préférable à « désobéissance civile » ?
Toutes deux signifient qu’il y a désobéissance à une loi estimée injuste par le transgresseur - un délinquant d’après la loi. Aucune loi d’un État n’est éternelle, et il est du devoir du citoyen d’intervenir auprès du législateur, directement ou indirectement, selon les cas, chaque fois qu’une loi est jugée injuste. Tout ce qui légal n’est pas forcément légitime, car « ce n’est pas la loi qui doit dire ce qui est juste, mais ce qui est juste qui doit dicter la loi[14] ».
La « désobéissance civique » et la « désobéissance civile » ont en commun le caractère citoyen d’une action engagée : ce sont chaque fois des citoyens qui, face à une loi qu’ils désapprouvent, incitent d’autres citoyens à les suivre dans leur refus, tout en assumant cette désobéissance. Mais il y a quelque chose de plus dans la « désobéissance civile » ! « Civile » et « civique » ont la même racine latine qui renvoie à la cité, au citoyen, mais le terme « civile » ajoute une notion que « civique » n’apporte pas : la civilité ! On peut agir en tant que désobéissant civique sans aucune civilité ! C’est par exemple le cas des commandos anti-IVG aux États-Unis !
En parlant dans ses textes de « désobéissance civile », le Collectif des déboulonneurs entend bien signifier que le barbouillage et l’animation de rue se déroulent avec civilité. Concrètement, sur le terrain, cela veut dire que les passants et les voitures ne sont pas bloqués mais peuvent continuer à circuler, qu’il n’y a pas d’outrage à agents de police, parce que la courtoisie prime tout le reste, y compris si un jour un barbouilleur se fait plaquer au sol puis menotter.
Parce que la civilité est un attribut de la dynamique non-violente, les déboulonneurs ont choisi de parler de « désobéissance civile », sans aucune envie de polémiquer avec ceux qui en France parlent de « désobéissance civique ». Si, par ailleurs, les déboulonneurs emploient l’expression « désobéissance civile », c’est aussi pour inscrire leur combat dans celui de la longue et belle tradition de « désobéissance civile » qui a commencé avec Gandhi et qui n’est pas près de s’arrêter.
« Un acte de désobéissance civile est un acte public, non-violent, décidé en conscience mais politique, contraire à la loi et accompli le plus souvent pour amener un changement dans la loi ou bien dans la politique du gouvernement .»
John RAWLS, Théorie de la justice, Paris, Seuil, 1987, p. 405.
Que faire pour aider le collectif des déboulonneurs ?
1) Imprimer, lire, critiquer, et faire circuler l’argumentaire "Face à l’invasion publicitaire, désobéissons ! ", disponible sur le site www.deboulonneurs.org
2) Demander par écrit les cinq fiches mentionnées sur l’argumentaire, puis créer dans sa ville un groupe local du Collectif des déboulonneurs, en commençant par exemple avec une journée de réflexion.
3) S’abonner au "journal officieux" de la lutte antipublicitaire, Le Publiphobe. Cette publication, de deux pages et singulièrement respectueuse de la langue française, est téléchargeable sur la Toile à l’adresse : www.indesens.org
Pour recevoir cette publication par La Poste : Le Publiphobe, BP. 12, 94211 La Varenne-Saint-Hilaire cedex. Abonnement : 6 € les 10 numéros.
4) Soutenir financièrement, dès maintenant, la Coordination nationale du Collectif des déboulonneurs. Chèque à l’ordre de : Collectif des déboulonneurs.
Tout don est fort utile, même quelques timbres. Les simples lettres de soutien sont également précieuses, et elles le seront à l’heure des procès.
Les personnes désireuses d’être efficaces au côté des déboulonneurs, sans pouvoir participer à leurs actions mensuelles de barbouillage, doivent savoir que tout soutien financier est déterminant.
Coordination nationale du Collectif des déboulonneurs
24, rue Louis Blanc, 75010 Paris.
Chèque à l’ordre de : Collectif des déboulonneurs.
Courriel : deboulonneurs@no-log.org
site : www.deboulonneurs.org
[1] 26.11.05
[2] 28.11.05
[3] 01.12.05
[4] 01.11.05
[5] 28.11.05
[6] Lire l’argumentaire « Invasion publicitaire, désobéissons ! » , dont de larges extraits ont été publiée dans ANV n° 137. Cet argumentaire peut être imprimé gratuitement en allant le chercher sur le site www.deboulonneurs.org . Des fiches pratiques, liées à cet argumentaire, sont également disponibles. Elles sont au nombre de quatre : « Comment créer un collectif local », « Presse », « Justice », « Bibliographie ». L’argumentaire et les quatre fiches sont essentielles pour approfondir l’objectif des déboulonneurs, leur logique de l’action non-violente, pour bénéficier de conseils quand on se retrouve au poste de police ou devant un juge. Les quatre fiches peuvent s’obtenir, contre 3 euros ( timbres acceptés), en écrivant à Coordination nationale du Collectif des déboulonneurs, 24 rue Louis Blanc, 75010 Paris.
[7] Le film Gandhi de Richard Attenborough, 1982, 180 minutes peut être commandé en vidéo (26,50 € + port) au magazine Non-Violence actualité : nonviolence.actualité@wanadoo.fr
[8] Extrait du Publiphobe n° 88.
[9] Cf. Le Courrier de Genève, 28.09.2005. La Suisse est moins envahie que la France par l’affichage commercial, mais les antipub veillent ! Ils veillent si bien, que les publicitaires qui sévissent là-bas ont créé une « Alliance contre les interdictions de publicité » ! Cette Alliance réunit « des entreprises et des associations qui s’engagent contre le démantèlement de la liberté de communication. Partie intégrante de la liberté de commerce et d’exercices professionnels, la publicité constitue l’un des fondements de la libre économie de marché. »
[10] R.AP., 53 rue Jean Moulin, 94300 Vincennes.
[11] Lettre du 03 novembre 2005, à des amis.
[12] Stratégies n° 1390, du 17.11.2005, p. 8.
[13] Méthodogie du sondage : il a été" réalisé les 26 et 27 octobre 2005 par TNS auprès d'un échantillon national de 1 000 personnes représentatif de l'ensemble de la population âgée de 18 ans et plus. Les personnes ont été interrogées en face-à-face selon la méthode des quotas et stratification par région et par catégorie d'agglomértion." Stratégies n° 1390, du 17.11.2005.
[14] Cf. Jean-Marie MULLER, Dictionnaire de la non-violence, Gordes, Le Relié, 2005, p. 102.
