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Jacques Sémelin, professeur à l'IEP de Paris et chercheur au CNRS
La non-violence expliquée à mes filles

Éditions du Seuil,
2000, 57 p.

Spécialiste de l'étude de l'action non-violente et de la violence extrême, Jacques Sémelin présente aujourd'hui un ouvrage sur le sujet, destiné au grand public, à partir d'un dialogue avec ses deux filles, âgées de 13 et 9 ans.

L'auteur amorce cette réflexion en commentant leurs réactions à la lecture d'une bande dessinée française, qui raconte la lutte de Martin Luther King et des noirs américains dans les années cinquante et soixante. Il propose d'emblée une définition de la non-violence : "une manière d'être et d'agir dans le conflit qui respecte l'autre". L'auteur entend ainsi briser les clichés qui laissent accroire que la non-violence est synonyme de passivité ou de pacifisme. Si la non-violence est refus de la violence, elle comporte aussi une seconde dimension : celle de l'action dans le conflit.

Les questions de ses filles le poussent bien vite à abandonner la théorie pour être très concret. Beaucoup de leurs interrogations concernent la vie quotidienne : comment se comporter face aux diverses formes d'agression ? les injures, le rackett, le viol, le racisme... Jacques Sémelin s'efforce d'y répondre en montrant les ressources d'une gestion non-violente du conflit fondées notamment sur le dépassement de la peur, le recours à la parole, l'appel à un Tiers et aussi, pourquoi pas, à un sport de combat non-violent comme le aïkido... Il illustre ses réponses au moyen d'histoires vécues, empruntées à la vie de tous les jours (à l'école, entre jeunes, dans la famille).

Dans un second temps, leur conversation porte sur les possibilités et limites de l'action non-violente, comme forme de lutte collective en démocratie ou au sein d'une dictature. Jacques Sémelin expose les grands principes de l'action non-violente tels qu'il les a analysés dans ses travaux sur "la force des faibles". : faire nombre, faire preuve d'imagination et d'humour, recourir aux médias, avoir le sens du risque...Là encore, il s'appuie sur de nombreux exemples : pas seulement sur ceux de Gandhi ou de King mais sur des cas de résistance civile dans l'Europe nazie, des dissidents dans l'Europe communiste, des "Folles de mai" dans la dictature argentine, sans oublier en France des cas comme la marche des jeunes Beurs contre le racisme et pour l'égalité.

Le texte se présente comme un petit manuel d'éducation "civile", selon l'expression de l'auteur dans la mesure où le qualificatif de "civil" renvoie à "civilité" et à "citoyenneté". Rédigé dans un style simple, mais jamais simpliste, ce livre s'adresse tout autant aux jeunes qu'aux adultes.

Jacques Sémelin est professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, chargé de recherche au laboratoire Communication et Politique, chercheur associé au Centre d'Etudes des Relations Internationales (Fondation Nationale des Sciences Politiques). Il est notamment l'auteur de La non-violence, Que sais-je?, PUF, 1994, Sans armes face à Hitler, Payot, 1989 et La liberté au bout des ondes. Du coup de Prague à la chute du mur de Berlin, Ed. Belfond, 1997. Il prépare un nouveau livre sur les "crimes de masse", en appuyant sa réflexion sur des exemples récents tels que la purification ethnique en ex Yougoslavie.