Jean-Marie Muller, directeur des études à l'IRNC
Vers une culture de non-violence
Éditions Dangles,
coll. "Grand angle/Sociétés"
2000, 330 p.
Le 10 novembre 1998, l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations Unies a adopté une résolution qui "proclame la période 2001-2010 décennie internationale de promotion d'une culture de la non-violence et de la paix pour les enfants du monde".
Cependant, en France comme ailleurs, la non-violence demeure encore largement méconnue. Son évocation suscite bien souvent le scepticisme et l'incrédulité de ceux qui se veulent "réalistes". Depuis près de trente ans, aussi bien à travers ses écrits que ses actions, Jean-Marie Muller tente de relever le défi de la non-violence. Ses ouvrages et ses articles ont fait de lui, au cours des années, une véritable référence intellectuelle sur la question, en France et au-delà.
La publication, dans ce volume, d'une sélection de ses articles permettra au lecteur de se faire une juste idée de la sagesse de la non-violence qu'il présente comme une alternative raisonnable à "l'idéologie de la violence nécessaire, légitime et honorable".
En préambule à ce recueil, Alain Refalo a questionné Jean-Marie Muller sur les principaux aspects de la philosophie de la non-violence qui peut être la pierre d'angle d'une véritable culture de paix.
Présentation de l'ouvrage par François Vaillant, rédacteur en chef d'Alternatives Non Violentes
Etonnant ! Oui, ce livre est une réussite. Durant les cinquante premières pages, Alain Refalo questionne Jean-Marie Muller sur des thèmes variés : la culture de la violence de nos jours, la sagesse recherchée par les hommes, la capacité pour la non-violence de réconcilier spiritualité et politique, le propre de l'action non-violente née avec Gandhi, l'éducation à la non-violence ou de la nécessaire non-violence de l'éducation, la naissance du MAN en 1974, etc. Cette interview place d'emblée le lecteur au coeur des problématiques et réflexions qui constituent le reste de l'ouvrage, composé des articles phares de Jean-Marie Muller.
Ces articles, parus entre le début des années 70 jusqu'à nos jours, dans les médias aussi variés que Le Monde, Libération, La Croix, Alternatives Non Violentes, La Gueule Ouverte, Non-Violente Politique devenu ensuite Non-Violence Actualité, Gardarem Lo Larzac, etc. sont classés en sept chapîtres : la philosophie de la non-violence ; l'exigence évangélique de non-violence ; les témoins de la non-violence ; en prise avec l'actualité ; la résistance anti-totalitaire en Europe de l'Est ; la politique de défense de la France ; en prise avec l'actualité internationale.
La sélection de ces articles de Jean-Marie Muller donne à comprendre combien la non-violence est capable d'irriguer la réflexion et l'action pour un monde plus juste, plus fraternel. La non-violence ne saurait être une nouvelle idéologie, puisque le propre d'une idéologie est de chercher à s'imposer y compris par la violence, en refusant tout apport d'autres modes de pensée qui n'entrerait pas dans son cadre. La non-violence insuffle plutôt une conduite capable de rejoindre des courants de pensée et des hommes venus d'horizons très divers. Ce livre l'atteste, car on y retrouve des témoins de la non-violence fort différents ; Tolstoï, un Russe orthodoxe, mais aussi Guy Riobé, évêque d'Orléans ; le général de Bollardière, mais aussi Vaclav Havel, etc.
Outre l'art de la formule, dont Jean-Marie Muller a le secret dans ses écrits comme dans ses conférences, la sélection de ces écrits montre combien la non-violence offre une grille de lecture utile et nécessaire pour comprendre notre monde, sans être amené à devoir dire un jour le contraire de ce que l'on a affirmé la veille. Si tant de circonstances ont poussé des écrivains à la mode (Régisd Debray, etc.) à retourner leur veste, par simple opportunité, nul ne pourra dire, après la lecture de cette sélection d'articles s'étalant sur près de trente ans, que Jean-Marie Muller n'a pas été fidèle à sa première intuition alors qu'il était étudiant à Nancy : seule la non-violence s'avère capable de contrer la violence qui défigure tant notre monde.
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