Les objecteurs de conscience et l'esprit de défense à travers leur participation au monde associatif
"Depuis quelques années, l'objection de conscience est devenue un phénomène avec lequel il faut compter. Aujourd'hui, selon les travaux du groupe interparlementaire sur l'objection de conscience du Parlement Européen, >100 000 européens sont également reconnus objecteurs. Il y a là un fait nouveau, sans doute à relier à l'apparition des armes nucléaires... Face à l'émergence de ces milliers d'objecteurs, quelle attitude adopter? En France, depuis la Révolution Française et le célèbre "Aux armes, Citoyens !", civisme rime avec militarisme. Le risque considérable encouru est que si, par malheur, le dispositif militaire s'effondrait dans la crise concrète qu'il devrait affronter - comme cela fut le cas dans notre pays en 1940 - cette société civile serait totalement livrée à elle-même, incapable de faire face à la situation nouvelle. C'est pourquoi, si l'on veut véritablement "ré-susciter" aujourd'hui un esprit de défense authentique chez les français, il convient d'appeler les civils à prendre une place dans la défense, en tant que civils et par des moyens civils, en leur permettant de comprendre que leur participation est devenue essentielle. Il s'agit désormais de contribuer à forger ce nouveau civisme en lien étroit avec les enjeux civils de la défense.... Pour se faire bien comprendre dans cette élaboration d'un nouveau civisme, les objecteurs doivent, sans doute, changer leur propre image. Ils font aujourd'hui , en général, un travail social important et, jusqu'à présent, l'opinion ne le sait pas. Quant aux responsables politiques et militaires, nombre d'entre eux conservent une image de l'objecteur de conscience en total décalage avec ce qu'il est actuellement. Pour l'opinion publique, l'objection resterait marque d'incivisme. D'où l'idée que objections = répression = prison. Il faudrait souhaiter que cette équation se transforme en : objection service civil = défense civile. Mais il y a encore beaucoup de chemin à faire. A cet égard, on peut se demander si le terme même "d'objection de conscience" est adaptée à cette transformation, car il porte en lui-même une conception négative et individualiste de la démarche, alors que les objecteurs réalisent majoritairement aujourd'hui un travail positif d'intérêt collectif. La notion de civisme est aussi présenter sous une autre forme, dans le tissu associatif français, dans l'appel à tous les citoyens - que lance l'esprit républicain de participer à la vie de la cité ... Le civisme peut être le trait d'union initial entre les objecteurs et les associations dans leur approche commune de la défense. Mais rien de sérieux ne pourra être fait sans la détermination des pouvoirs publics à aller dans ce sens. Diverses personnalités des milieux politique, militaire et religieux ont exprimé leur accord avec cette perspective." |
