SommaireAgressivitéConflitForceLuttePeurViolence |
ViolenceToute violence est un viol de la personne : le viol de son identité, de ses droits, de son corps. La violence fondamentale est celle des situations d'injustice qui maintiennent des êtres humains dans des conditions d'aliénation et d'oppression. Le plus souvent, c'est cette violence de l'injustice qui provoque l'action violente par laquelle l'opprimé tente de se libérer du joug qui pèse sur lui. Cependant, la violence n'est pas une fatalité. Ni l'agressivité, ni la lutte, ni la force ne doivent être identifiées à la violence. Si l'agressivité et la force qui s'exercent dans la lutte permettent le règlement du conflit, la violence au contraire est un dérèglement du conflit. La violence enraye le fonctionnement du conflit et ne lui permet plus de remplir sa fonction qui est d'établir la justice entre les adversaires. Il y a violence lorsque, par un dysfonctionnement du conflit, l'un de ses protagonistes met en oeuvre des moyens qui font peser sur l'autre une menace de mort. Toute violence est un processus de meurtre, de mise à mort. Le processus n'ira peut-être pas jusqu'à son terme et le passage à l'acte n'aura pas nécessairement lieu, mais le désir de meurtre envenimera désormais tout le conflit. De l'humiliation à l'extermination, multiples sont les formes de la violence et multiples les formes de mort. Porter atteinte à la dignité de l'homme, c'est déjà porter atteinte à sa vie. Quelle que soit sa forme, la violence ne doit pas être considérée comme un processus inéluctable. A partir du moment où la violence commande les rapports entre les adversaires, les mécanismes (juridiques, sociaux, éthiques, ... ) de règlement des conflits se trouvent disqualifiés. Le conflit risque alors de ne plus être le moyen de rechercher une solution juste mais l'élimination de l'adversaire. Au moment même où je prends conscience de la violence comme d'un processus de mort qui pervertit radicalement ma relation à l'autre, je suis amené à récuser toute justification de la violence. L'éveil philosophique, c'est précisément la prise de conscience de la violence comme d'un obstacle à la réconciliation de l'homme avec lui-même et avec l'autre. C'est en rencontrant la violence que j'apprends que " la vraie vie est absente " et c'est en refusant tout accommodement avec elle que je peux espérer " changer la vie ". La violence introduit un non-sens dans l'existence de l'homme et, pour autant qu'il pactise avec elle, il se fait lui-même prisonnier d'un destin absurde. Mais la violence est aussi une méthode d'action qui paraît parfois nécessaire soit pour défendre l'ordre établi lorsqu'il garantit la liberté, soit pour combattre le désordre établi lorsqu'il maintient l'oppression. La violence en effet peut être employée au service de causes justes ; mais elle n'en devient pas juste pour autant. Même si elle se trouve légalisée par l'Etat ou légitimée par des autorités morales, une violence n'en reste pas moins une violence, qui meurtrit l'humanité de l'homme, à la fois de celui qui la subit et de celui qui l'exerce. Mais parce qu'elle est aussi une méthode d'action sur laquelle se fondent des stratégies, la violence ne mérite pas seulement une condamnation, elle exige une alternative. Il est donc essentiel de rechercher des " équivalents fonctionnels " de la violence. L'exigence éthique qui récuse la violence a toute chance de se trouver écartée, tant que la violence apparaîtra nécessaire à l'efficacité de l'action politique. L'exigence éthique rejoint donc le réalisme politique pour fonder la recherche de moyens d'action qui permettent de résoudre humainement les inévitables conflits humains autrement que par le recours à la violence destructrice et meurtrière. |
