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PouvoirToute lutte pour la justice et pour la liberté est une lutte pour le pouvoir. Les relations entre les individus et les groupes sociaux à l'intérieur d'une même société sont largement déterminées par les situations objectives de puissance ou d'impuissance dans lesquelles se trouvent les uns et les autres. Les victimes d'une injustice sociale ne peuvent obtenir la reconnaissance de leurs droits que s'ils parviennent à acquérir suffisamment de pouvoir pour contraindre les pouvoirs établis à leur rendre justice. La stratégie de l'action non-violente vise non pas la prise du pouvoir pour le peuple mais l'exercice du pouvoir par le peuple. Dans un premier temps, il ne s'agit donc pas de préparer une attaque frontale du pouvoir étatique mais d'organiser la société civile afin de permettre aux citoyens d'exercer leur propre pouvoir. Toute victoire ponctuelle d'une campagne d'action non-violente peut redonner espoir à ceux qui subissent des injustices comparables à celle qui fut à l'origine du conflit qui vient de s'achever. L'exemplarité de cette victoire peut créer une dynamique des luttes populaires qui mobilise de plus en plus de citoyens décidés à ne plus subir les pouvoirs qui leur sont imposés d'en haut et à conquérir leur propre pouvoir. A travers ces luttes, ils font l'expérience de la gestion de leurs propres affaires : ils font l'apprentissage de l'autogestion. Toute montée des luttes populaires crée les conditions qui permettent au peuple de rassembler ses forces dans un mouvement politique visant non seulement à lutter contre les pouvoirs établis mais à prendre le pouvoir. S'il est vrai, selon l'expression de Lanza del Vasto, que " révolution non-violente bien ordonnée commence par soi-même ", il est aussi vrai que révolution non-violente bien ordonnée s'achève par la prise et l'exercice du pouvoir politique. Un mouvement de résistance non-violente ne doit pas rester enfermé dans sa fonction contestataire, il a vocation de devenir gestionnaire. Le projet politique porté par la non-violence rejoint directement le projet autogestionnaire qui vise à mettre en oeuvre une alternative à la gestion étatique des conflits sociaux. Deux scénarios de prise du pouvoir sont possibles : l'un est électoral et l'autre insurrectionnel. Dans une société assez démocratique pour permettre une réelle expression du suffrage universel, les élections sont le procédé normal par lequel une organisation qui a su conquérir la majorité politique accède au pouvoir. Dans ce cas, l'alternance démocratique ouvrirait la voie à une véritable alternative politique. Dans une société où la voie démocratique se trouve obstruée, un mouvement politique qui incarne l'espérance et la détermination du peuple doit rechercher une autre voie pour accéder au pouvoir qui lui revient de droit. Il s'agira alors d'organiser à 'échelle du pays la désobéissance civile systématique et d'appeler le peuple à une véritable insurrection pacifique. Dès avant la prise effective du pouvoir, les leaders du mouvement de résistance peuvent être considérés comme les représentants de l'autorité légitime du pays et sont fondés à constituer un gouvernement parallèle et provisoire. Pris dans les réseaux d'un maquis politique étendu à tout le pays, le gouvernement encore légal devra bien finir par admettre qu'il n'est plus capable de contrôler la situation. Il faudra bien alors que, bon gré mal gré, il cède la place. |
