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Une lutte non-violente ne se joue pas à deux mais à trois. Elle ne se réduit pas à l'affrontement direct des acteurs de la résistance et des pouvoirs établis. Entre les uns et les autres s'interpose l'opinion publique, dont le rôle d'arbitrage peut être décisif dans l'issue du conflit. Le plus souvent, la contrainte déterminante pour faire céder les pouvoirs établis n'est pas celle qu'exerce l'action du mouvement de résistance, mais celle qu'exerce l'opinion publique. Dès lors, l'un des objectifs prioritaires de la lutte non-violente est de convaincre l'opinion publique de la justesse de la cause défendue afin qu'elle se mobilise pour contraindre les pouvoirs établis à satisfaire les exigences mises en avant par les résistants.

La conquête de l'opinion publique est donc un enjeu décisif dans toute campagne d'action non-violente. Il s'agit de multiplier les actions de popularisation et de conscientisation en direction de l'opinion publique afin de faire valoir le bien-fondé de la lutte engagée. Il faut viser à se concilier la neutralité bienveillante de la

majorité et la sympathie active de la plus large minorité. Les décideurs adverses doivent alors tenir compte de l'arbitrage rendu par l'opinion publique afin de ne pas se discréditer auprès d'elle. Il est de leur propre intérêt d'apparaître conciliants et d'accepter de négocier avec le mouvement de résistance.

Le plus souvent, l'opinion publique se divisera en plusieurs " camps ", selon la solidarité, la sympathie, l'indifférence ou l'hostilité qu'ils manifesteront à l'égard de la cause défendue. Les actions de popularisation doivent alors être " ciblées " en s'adressant plus particulièrement à tel ou tel secteur de l'opinion publique en tenant compte de sa propre disposition par rapport à l'enjeu du conflit.

L'action non-violente, par la pédagogie qu'elle implique par elle-même, a toute chance de se montrer beaucoup plus efficace que l'action violente. L'expérience montre que les actes violents suscitent, au sein de l'opinion publique, des réactions de rejet qui l'amènent à s'affirmer davantage solidaire des pouvoirs établis que des mouvements de résistance. L'action violente, en privant la résistance de tout soutien d'envergure dans l'opinion publique, réduit considérablement ses chances de succès.