SommaireAction directeAutoréductionBoycottClandestinitéContrainteDésobéissance civileDialogueGrèveGrève de la faimGrève généraleHumourInterpositionJeu de rôlesJeûneLeaderMarcheMédiationMoyensNégociationsNon-coopérationObstructionOpinion publiqueParolePétitionProgramme constructifRefus de l'impôtRépressionRésistance passiveSabotageSanctions économiquesService d'ordreSit-inStratégieTactiqueThéâtre-tractUsurpation civileVigilance |
StratégieEtymologiquement, le mot " stratégie " signifie la conduite d'une armée (du grec stratos : armée et agein : conduire) dans les différents engagements qui l'opposent à l'ennemi. " Le combat, écrit Clausewitz, consiste en un plus ou moins grand nombre d'actions distinctes qui forment un tout et que l'on appelle engagements ". La stratégie " consiste à ordonner et diriger ses différents engagements distincts, puis à les coordonner entre eux en vue de la guerre ". Il établit une distinction entre tactique et stratégie et l'exprime ainsi: " La tactique est la théorie relative à l'usage des forces armées dans l'engagement. La stratégie est la théorie relative à l'usage des engagements au service de la guerre ". " Au sens strict, la guerre est une lutte ", écrit encore Clausewitz après avoir précisé que la guerre était le moyen de parvenir à une fin définie par la politique. Dès lors que, par la lutte non-violente, nous recherchons des " équivalents fonctionnels " de la guerre pour atteindre un objectif politique, nous sommes fondés, en opérant un transfert de sens par substitution analogique, à parler de " stratégie de l'action non-violente ". Procéder ainsi, ce n'est pas militariser la non-violence mais bien démilitariser la stratégie. Dans cette perspective, la stratégie consiste, après avoir analysé la situation et évalué les forces et faiblesses des différents protagonistes du conflit, à choisir et planifier différentes actions non-violentes et à les mettre en oeuvre de manière coordonnée en vue d'atteindre un objectif déterminé. La visée de la stratégie de la lutte non-violente est de contraindre l'adversaire afin qu'il se trouve obligé, sinon de se rendre à nos raisons, du moins de nous rendre justice. La planification stratégique d'une lutte non-violente exige une vue d'ensemble du déroulement des différentes actions à travers une progression qui puisse conduire jusqu'à la victoire, c'est-à-dire, en règle générale, jusqu'à l'application effective d'une solution négociée du conflit. TactiqueSi la stratégie concerne la conception et l'exécution d'un plan qui ordonne et coordonne les différentes actions d'une lutte non-violente, la tactique concerne la conception et l'exécution de chacune de ces actions. L'habileté tactique ou le sens tactique permettent de tirer le plus grand profit d'une action particulière par l'" optimisation " des moyens qui concourent à sa mise en oeuvre. La tactique s'applique dans un domaine déterminé, limité, connu et relativement stable. La stratégie, en revanche, s'applique dans un domaine beaucoup plus vaste et complexe, difficile à appréhender parce qu'il est en continuelle évolution. Plus concrètement, dans une lutte non-violente, la stratégie consiste à prévoir, à planifier et à coordonner les différentes manifestations publiques capables d'interpeller l'opinion, les actions de non-coopération les mieux appropriées pour affaiblir la partie adverse, les actions de désobéissance civile les plus opportunes pour défier les pouvoirs publics, les réalisations qui permettront d'accomplir le programme constructif correspondant au programme de non-coopération et toutes les initiatives susceptibles de changer le rapport de force, de déstabiliser l'adversaire et de l'obliger à céder. La tactique consiste à organiser avec la plus grande efficacité possible chacune de ces manifestations publiques, chacune de ces actions de non-coopération et de désobéissance civile et chacune de ces réalisations du programme constructif. Ainsi " la stratégie et la tactique sont deux activités qui s'imprègnent mutuellement dans le temps et dans l'espace, tout en différant essentiellement l'une de l'autre" (Clausewitz) Théâtre tractLe théâtre-tract consiste à jouer dans la rue une scène très courte (3 à 4 minutes) qui puisse faire passer un message aussi condensé, simple et clair que celui qui est exposé dans un tract bien fait. Le théâtre-tract doit être joué par un nombre limité d'acteurs (quatre à six) dans un lieu public très passager. La scène tout entière doit être centrée sur une idée forte et une seule qui soit susceptible d'interpeller les passants-spectateurs afin qu'ils réagissent à une situation particulière du désordre établi. La scène doit se dérouler suivant une progression dramatique pour se terminer par un temps fort qui puisse créer un choc émotionnel chez ceux qui regardent et écoutent. La finale peut se présenter sous la forme d'une question posée directement au public afin d'engager avec lui un dialogue. Des tracts peuvent être distribués aux passants afin de leur donner de plus amples informations sur la situation à propos de laquelle la scène de théâtre a voulu les interpeller. Usurpation civilePlutôt que de cesser toute activité, de faire la grève ou de démissionner, il peut être plus efficace, pour mettre en échec un pouvoir oppresseur - qu'il soit national ou étranger - de le subvertir de l'intérieur en restant à son poste pour tenter de saboter les instructions venues d'en haut. Dans le cadre d'un mouvement de résistance organisée, l'usurpation civile consiste pour les fonctionnaires des administrations et des services publics et, plus largement, pour l'ensemble des citoyens, à continuer d'occuper leurs postes dans la cadre des institutions et des structures existantes pour tenter de les faire fonctionner contre le pouvoir en place et au profit de la résistance. Chacun est ainsi invité à résister sur son lieu de travail en profitant de tous les moyens que sa fonction met à sa disposition pour contrer le pouvoir illégitime. Dans un premier temps, l'usurpation civile peut être une méthode de non-coopération indirecte. Plutôt que de refuser ouvertement d'obéir aux directives du pouvoir, on feint, par devant, de s'y soumettre en faisant en sorte, par derrière, de ne pas les exécuter et de les faire échouer. Du moins, on les exécute en multipliant les erreurs volontaires ; on les exécute littéralement " de travers " en sorte qu'elles se trouvent détournées de leur but. Il est ainsi possible d'organiser une non-coopération effective qui se cache derrière une acceptation apparente de la collaboration. Cette désobéissance indirecte présente deux avantages : elle peut être mise en oeuvre avec souplesse et elle évite de provoquer ouvertement la répression. Cela rend possible à la fois sa durée et son étendue. En même temps qu'il s'agit de faire échouer les projets du pouvoir illégitime que l'on combat, il s'agit de faire réussir les projets du mouvement de résistance que l'on soutient. Ainsi l'usurpation civile réalise en une même démarche le programme de non-coopération par lequel on refuse de servir un système injuste et le programme constructif par lequel on s'efforce de réaliser dans les faits les solutions concrètes proposées par la résistance. Si le rapport de force évolue en faveur de la résistance, l'usurpation civile peut venir défier ouvertement le pouvoir établi. Elle devient alors une non-coqpération directe. Les fonctionnaires ne sont plus alors obligés d'apparaître disciplinés, et peuvent proclamer ouvertement leur dissidence. L'ampleur d'une telle usurpation peut déstabiliser un régime et contribuer efficacement à sa chute. D'autres scénarios peuvent être envisagés, dans lesquels l'usurpation civile doit prendre d'emblée la forme de la non-coopération directe. VigilanceL'action de vigilance consiste à se tenir silencieusement en un lieu public afin de protester contre une situation d'injustice et d'interpeller à son sujet l'opinion et les pouvoirs publics. Elle peut être entreprise par une personne seule ou par un groupe. Le lieu doit être choisi en fonction de son lien significatif avec l'injustice que l'on veut dénoncer. L'importance de sa fréquentation par le public doit être prise en compte, mais cet élément n'est pas forcément décisif. Pour protester contre l'emprisonnement arbitraire d'opposants, il peut être plus efficient d'organiser une action de vigilance devant la prison que dans un lieu plus fréquenté mais moins symbolique. C'est le facteur temps qui donne toute sa force à une action de vigilance. L'impact d'une présence immobile et silencieuse en un lieu public dépend à la fois de sa durée et de sa régularité. L'une et l'autre doivent être décidées en fonction de la gravité de l'injustice dénoncée et de l'urgence de rendre justice à ceux qui en sont les victimes. Si les circonstances l'exigent, l'action de vigilance peut être menée de façon permanente, de nuit comme de jour, en organisant un relais de plusieurs groupes ou de plusieurs personnes. Dans d'autres circonstances, elle peut être organisée toutes les semaines, à la même heure et au même endroit, tout au long de l'année. Des " heures de silence " peuvent être organisées au même moment dans plusieurs villes, avec la même périodicité. Pour informer le public, les manifestants peuvent porter des panneaux ou des banderoles qui expliquent de la manière la plus claire et la plus pédagogique les raisons de l'action et son objectif. D'autres manifestants peuvent distribuer des tracts et proposer des documents plus importants sur une table de presse, tout en se tenant prêts à un dialogue avec le public. Mais ces interventions auprès des passants doivent rester discrètes, accompagnant la présence de ceux qui assurent une vigilance silencieuse, sans la supplanter. Pour combattre une injustice, il est parfois plus convaincant de protester de tout son silence que par des paroles ou des textes. Cette action simple n'est pas pour autant une action facile. Elle demande beaucoup de détermination de la part de ceux qui s'y impliquent de tout leur corps. Car, dans cette action plus que dans tout autre, au-delà des paroles et des mots, C'est le corps humain qui porte témoignage pour exprimer et communiquer les exigences de la justice. Le corps s'expose dans toute sa vulnérabilité pour s'insurger contre l'injustice. Dans la même perspective, peut être établie une " maison de vigilance " à proximité d'un lieu qui symbolise une situation jugée inacceptable, et sur laquelle on veut interpeller l'opinion publique. Il s'agit alors pour ceux qui y vivent de déposer les germes d'une résistance non-violente en témoignant quotidiennement pour signifier que l'espérance est plus forte que la fatalité. |
