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De la non-violence en éducation Jean-Marie MullerPublié par l’Unesco (versions française, anglaise & espagnoles disponibles depuis 2003) Cet ouvrage court tente d’appliquer les principes et méthodes de la philosophie de la non-violence, tels que les a définis Jean Marie Muller. Préface du Directeur général de l’UnescoJ’ai fait, très jeune, l’expérience de l’absurdité, de l’horreur et de l’inanité de la guerre : je vivais à une centaine de kilomètres à peine d’Hiroshima quand, en 1945, la bombe atomique a été lancée sur la ville. Je peux affirmer que cet événement, qui a touché les deux villes japonaises de Hiroshima et de Nagasaki, « résonne » encore aujourd’hui, et pour longtemps, non seulement dans ma mémoire, mais dans celle de l’humanité tout entière. C’est une nouvelle dimension du conflit, avec des capacités de destruction impensables — puisque susceptibles de mettre fin au monde vivant —, qui a alors été introduite. Une frontière, une limite jusque-là sacrée et tacitement respectée par l’humanité tout entière a été franchie. Une transgression ouvrant la voie à l’expression de toutes autres sortes de violences. Des plus légères (insultes, incivilités) aux plus terribles (viols, meurtres, massacres, terrorisme), les unes cherchant parfois leur justification dans les autres, ces violences sont toutes profondément enracinées dans les consciences et imprègnent fortement la culture du xxi e siècle. L’action de prévention que l’Unesco a pour vocation d’instaurer par l’éducation, la science et la culture, est encore très loin d’être ancrée dans les esprits et de se traduire concrètement. Parvenir à substituer une culture de paix à cette culture de la violence apparaît à beaucoup comme une utopie. Pourtant, on sait bien que le rejet d’autrui, la peur, voire la haine de la différence sont souvent aux sources de la violence, elle-même alimentée par une banale ignorance. Elle dresse les individus, les groupes, les cultures les uns contre les autres, aboutissant à un repli sur soi et une agressivité exacerbée. Or seul un dialogue pacifique peut permettre une conscience saine et équilibrée de l’altérité. C’est pourquoi l’éducation est au cœur de la construction de la paix. L’éducation pour la paix, les droits de l’homme et la démocratie est inséparable d’une pédagogie qui forme, jeunes et moins jeunes, aux attitudes de dialogue et de non-violence, autrement dit à l’enseignement des valeurs de tolérance, d’ouverture à l’autre, de partage. Ce que l’Unesco se propose par la diffusion de ce texte, intitulé De la non-violence en éducation, c’est de contribuer à la connaissance et à la divulgation, dans un grand nombre de régions et de pays du monde, des concepts de base de la paix et de la non-violence. Les définitions et les réflexions philosophiques qui y sont développées par Jean-Marie Muller seront, j’en suis convaincu, de grande utilité pour les éducateurs, ces « bâtisseurs de paix » au quotidien, pour les jeunes élèves ainsi que pour un large public. Nous sommes, en 2002, au début de la « Décennie internationale de la promotion d’une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde » proclamée par les Nations Unies (2001-2010). Une des tâches de l’Unesco tout au long de cette décennie sera de promouvoir l’enseignement de la pratique de la non-violence et de la paix. J’espère que la diffusion du présent ouvrage y participera, et que l’objectif de construction d’une culture de la paix sera de plus en plus à notre portée. Koïchiro Matsuura |
