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Site de l’Institut de Recherche sur la Résolution Non-Violente des Conflits et de la revue Alternatives Non-Violentes

Institut de Recherche sur la Résolution Non-Violente des Conflits

L’objectif principal de l'IRNC est de mener de façon pluridisciplinaire des recherches scientifiques sur l'apport de la non-violence dans la résolution des conflits et de donner un statut à cette approche encore trop ignorée en France.

L’IRNC organise des formations en France et à l'étranger, des colloques, et entretient des relations avec de nombreux instituts similaires dans le monde.

L’IRNC est associé à la revue trimestrielle Alternatives non-violentes.

IRNC
14 rue des Meuniers
93100 Montreuil
irnc@irnc.org

Alternatives
Non-Violentes

La revue Alternatives Non-Violentes (ANV) paraît quatre fois par an depuis 1973. Chaque numéro traite d'un sujet de société sous l'angle violence/non-violence, d'une manière pluridisciplinaire. Les articles proviennent d'universitaires, de chercheurs, d'acteurs de terrain, de personnalités diverses.

L'objectif d'ANV est de porter à la connaissance du milieu intellectuel, mais aussi du grand public, les recherches théoriques et pratiques qui favorisent une culture de non-violence. Les thèmes abordés dans chaque parution trimestrielle n'étant pas liés à l'actualité événementielle, chaque numéro d'ANV demeure longtemps un outil incontournable pour la réflexion, la formation et l'action non-violente. ANV est une revue agréablement illustrée par Altho et Lécroart.

La revue Alternatives Non-Violentes (ANV) paraît quatre fois par an depuis 1973. Chaque numéro traite d'un sujet de société sous l'angle violence/non-violence, d'une manière pluridisciplinaire. Les articles proviennent d'universitaires, de chercheurs, d'acteurs de terrain, de personnalités diverses.

L'objectif d'ANV est de porter à la connaissance du milieu intellectuel, mais aussi du grand public, les recherches théoriques et pratiques qui favorisent une culture de non-violence. Les thèmes abordés dans chaque parution trimestrielle n'étant pas liés à l'actualité événementielle, chaque numéro d'ANV demeure longtemps un outil incontournable pour la réflexion, la formation et l'action non-violente. ANV est une revue agréablement illustrée par Altho et Lécroart.

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L’IRNC et l’ANV sont membres de la Coordination française de la décennie pour une culture de non violence.

L’IRNC et l’ANV sont membres du fonds associatif Non-violence XXI.

 

 

 

 

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Archives des actualités

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Août 2004

Chevaux du vent

Geneviève Laffitte, 1996

Revue Alternatives Non-Violentes n° 143

Adolescence au risque de la violence

ANV 14Ce n’est pas facile d’être ado ! De n’être plus un enfant et pas encore un adulte. À travers plusieurs analyses et témoignages, ce numéro permet de comprendre que la non-violence, assumée par des éducateurs, est une démarche qui permet de contraindre sans humilier, de dire ‘non’ sans agresser, de dire ‘oui’ sans se soumettre. Avec François Brune, Christine Laouénan, Bernard Lemettre, Brigitte Liatard, Élisabeth Maheu, Jean-Marie Petitclerc, Nathalie Schott…

François Vaillant,
rédacteur en chef

Revue Alternatives Non-Violentes n° 142

Éloge de la désobéissance civile

ANV 142Où situer la désobéissance civile en philosophie politique ? Cette notion, apparue chez Thoreau, définit depuis Gandhi une action collective qu’il convient de distinguer de l’objection de conscience et de la désobéissance criminelle. Regards sur les actions des Faucheurs Volontaires, RESF,... Des déboulonneurs de pub plaident au tribunal pour la désobéissance civile. Vaut-il mieux parler de désobéissance civique ou de désobéissance civile ? Pourquoi désobéissance civile et non-violence vont-elles ensemble ? Les désobéisseurs au service du droit. Bibliographie…. Je vous souhaite une savoureuse lecture de ce numéro

François Vaillant,
rédacteur en chef

Revue Alternatives Non-Violentes n° 140

Jean Jaurès

ANV 139Qui n’a pas croisé une plaque de rue portant l’inscription Jean Jaurès (1859-1914) ? Ce républicain socialiste reste un méconnu célèbre ! Jaurès fut tout le temps un homme de justice, de paix et d’humanité. Il en mourra assassiné, comme Gandhi et King. Ce numéro hors du commun raconte la vie et analyse l’œuvre politique de ce député français – jamais ministre – auprès duquel tout partisan de la non-violence peut se ressourcer pour contribuer à façonner un socialisme à visage humain. Iconographie provenant du Musée Jean Jaurès (Castres)…Avec Gilles Candar, Marie Guertin, Patrick Jacquemont, Jean-Marie Muller, Jean-Pierre Rioux, François Vaillant…

François Vaillant,
rédacteur en chef

Actualités de l’IRNC. Avril 2008

Gandhi appartient à notre avenir

Jean-Marie Muller, 24 Avril 2008

Le 30 janvier 1948, vers cinq heures de l'après-midi, dans le jardin de la demeure où il réside à New Delhi, Gandhi se rend au lieu de la prière, un homme s'incline alors devant lui comme en signe de respect et tire sur lui trois balles de revolver. Gandhi s'affaisse et meurt aussitôt. Soixante ans après sa mort, quelle image les Occidentaux perçoivent-il de celui qui conduisit son peuple à l’indépendance ? Quelle idée se font-ils de la non-violence pour laquelle il vécut et mourut ? Certes, son nom et son visage nous sont devenus familiers et, ce­pendant, sa pensée et son action nous restent largement méconnues. Généralement, nous nourrissons pour lui l'admiration lointaine que nous portons volontiers aux personnages que la légende a auréolés d'un halo de sagesse. Gandhi reste ainsi largement ignoré au milieu même de sa notoriété. Le prisme déformant de l’idéologie de la violence nécessaire, légitime et honorable qui domine notre culture nous fait encore percevoir la non-violence comme un idéalisme sans prise sur la réalité. Généreux, peut-être, mais irresponsable.

Gandhi faisait volontiers remarquer que la non-violence était aussi vieille que les montagnes. En effet, il n'a pas "inventé" la non-vio­lence. Celle-ci s'enracine dans les plus anciennes traditions religieuses, spirituelles, philosophiques et sapientiales qui constituent le patrimoine universel de l'humanité. Gandhi revendiquera explicitement l'héritage des grands sages qui l'ont précédé dans la recherche de la vérité. Cependant, son apport est essentiel pour la compréhension de la non-violence. Il y a un avant et un après-Gandhi à la fois dans la réflexion philosophique sur le principe de non-violence qui fonde l'humanité de l'homme, et dans l'ex­périmentation politique des méthodes de l'action non-violente qui permet­tent la résolution pacifique des conflits.

C'est en 1920 que Gandhi traduit en anglais le mot sanscrit ahimsa par « non-violence ». Celui-ci est employé dans les textes de la littérature hindouiste, jaïniste et bouddhiste. Il est formé du préfixe négatif a et du substantif himsa qui signifie le désir de nuire, de faire violence à un être vivant. L'ahimsa est donc la reconnaissance, l’apprivoisement, la maîtrise et le renonce­ment au désir de violence qui est en l'homme et qui le conduit à vouloir écarter, exclure, éliminer, meurtrir l'autre homme. Lorsqu'il tente de définir la non-violence, Gandhi énonce d'abord cette proposition toute négative : "La non-violence parfaite est l'absence totale de mal-veillance à l'encontre de tout ce qui vit." Ce n'est qu'ensuite qu'il affirme : "Sous sa forme active, la non-violence s'exprime par la bien-veillance à l'égard de tout ce qui vit."

Pour Gandhi, la non-violence n'est pas seulement, elle n'est pas d'abord une méthode d'action, elle est une attitude, c'est-à-dire un regard, un regard de bonté envers l'autre homme, surtout envers l'homme autre, l'inconnu, l'étranger, l'intrus, l'importun, l'ennemi, un regard aussi de compassion envers l’homme opprimé, celui qui subit l’injustice, l’humiliation, l’outrage. La non-violence est, selon Gandhi, le principe même de la recherche de la vérité. L'histoire est là pour attester, aujourd’hui comme hier, que la vérité devient un vecteur de violence dès lors qu'elle n'est pas fondée sur l'exigence de non-violence. Si la vérité n’affirme pas l’inhumanité absolue de la violence, alors il viendra toujours un moment où la violence apparaîtra naturellement comme un moyen légi­time pour défendre la vérité. Seule, la reconnaissance de l'exigence de non-violence permet de récuser une fois pour toutes l'illusion, véhiculée par toutes les idéologies, de recourir à la violence pour dé­fendre la vérité.

La recherche de la vérité sur le chemin de la non-violence exige de mettre en oeuvre des moyens d'action qui soient en cohérence avec la fin poursuivie. Dans les conflits sociaux et politiques, la vérité doit se traduire par l'action. La force de la vérité est alors la force de l'action vraie, c’est-à-dire de l’action juste. L’apport décisif de Gandhi est de nous délivrer du choix bipolaire, imposé par l’idéologie dominante, où nous n’aurions le choix qu’entre la lâcheté et la violence. Cette idéologie exerce un véritable chantage sur nos consciences : si nous n’acceptons pas la violence, c’est que nous sommes des lâches. Dès lors, nous choisirons la violence pour ne pas apparaître lâches. Gandhi nous ouvre une troisième possibilité en nous proposant de choisir entre la violence, la lâcheté et la non-violence. Ne nous méprenons pas sur le sens de son propos. Il ne nous conseille pas de choisir la violence pour ne pas être lâche. Il nous conseille de choisir la non-violence pour n’être ni violent ni lâche.

L'humanité ne parviendra certainement pas à relever les défis auxquels elle se trouve confrontée aujourd'hui si elle ne rejoint pas les intuitions essentielles de Gandhi. Il nous invite à revisiter les héritages de nos traditions historiques - aussi bien philosophiques, religieuses que politiques -, et à prendre conscience de toutes les complicités que nos cultures ont entretenues avec l'empire de la violence. Nous pourrons alors mesurer l'urgence de développer une culture de la non-violence. Ce qui menace la paix, partout dans le monde et dans chacune de nos sociétés, ce sont les idéologies fondées sur la discrimination et l'exclusion - qu'il s'agisse du nationalisme, du racisme, de la xénophobie, de l'intégrisme religieux ou de toute doctrine économique fondée sur la seule recherche du profit - et qui toutes ont partie liée avec l'idéologie de la violence. Ce qui menace la paix, en définitive, ce ne sont pas les conflits, mais l'idéologie qui fait croire aux hommes que la violence est le seul moyen de résoudre les conflits. Cette idéologie enseigne le mépris de l'autre, la haine de l'ennemi, elle arme les sentiments, les désirs, les intelligences et les bras. Elle instrumentalise l'homme en faisant de lui un meurtrier à la conscience tranquille. C'est donc elle qu'il faut combattre en premier lieu.

La violence ne peut que construire des murs et détruire les ponts. La non-violence nous invite à déconstruire les murs et à construire des ponts. Cette tâche est autrement difficile. L’architecture des murs ne demande aucune imagination : il suffit de suivre la loi de la pesanteur. L’architecture des ponts demande infiniment plus d’intelligence : il faut vaincre la force de la pesanteur. Les murs qui séparent les hommes ne sont pas seulement les murs de béton qui divisent la terre qu’il faudrait partager. Il existe aussi des murs dans le cœur et dans l’esprit des hommes. Ce sont les murs des préjugés, des mépris, des stigmatisations, des rancœurs, des ressentiments, des peurs. Seuls ceux qui, à quelque camp qu’ils appartiennent, auront la lucidité, l’intelligence et le courage de déconstruire ces murs et de construire des ponts qui permettent aux hommes, aux communautés et aux peuples de se rencontrer, de se reconnaître, de se parler et de commencer à se comprendre, seuls ceux-là sont des artisans de paix qui sauvegardent l’avenir de l’humanité.

« La violence, affirmait Gandhi, est un suicide. » En ce début du XXIe siècle, le moment n’est-il pas venu de prendre conscience que la violence est décidément incapable d’apporter une solution humaine aux inévitables conflits humains qui constituent la trame de notre existence et de notre histoire, de comprendre que la violence n’est jamais la solution, mais qu’elle est toujours le problème ? Les images de fer, de feu, de sang et de mort qui constituent la matière première de l’actualité nous apportent chaque jour la preuve que la violence est incapable de construire l’histoire, mais qu’elle ne peut que la détruire. Face à la tragédie de la violence, face à son inhumanité, face à son absurdité, face à son inefficacité, le moment n’est-il pas venu, par réalisme sinon par sagesse, de prendre conscience de l’évidence de la non-violence ?

* Philosophe et écrivain, Jean-Marie Muller est le porte-parole national du Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN). Il est l’auteur notamment de Gandhi l’insurgé (Albin Michel) et du Dictionnaire de la non-violence (Le Relié Poche).

Pour voir l'intervention de Jean Marie Muller sur le sujet dans le programme télévisé Il faut pas croire diffusé par la télévision suisse romande, cliquez sur ce lien :http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=316501&sid=8648540&cKey=1201689188000

Le meurtre est la question posée

les Palestiniens et Israéliens face au défi de la violence

Jean-Marie Muller, 18 Février 2008

Je viens de lire attentivement les textes qui présentent la campagne de mobilisation en faveur du peuple palestinien décidée par la Plate-forme des ONG françaises pour la Palestine. Cette campagne devant culminer par un grand rassemblement qui se tiendra le 17 mai 2008 au Parc des expositions de la porte de Versailles.

Je voudrais tenter d’exprimer quelle est mon analyse de la situation actuelle au Moyen-Orient. J’ai conscience de l’extrême difficulté de l’entreprise et je ne saurais prétendre la mener à bien. Je ne peux que tenter d’exprimer brièvement les linéaments de cette analyse.

Bien sûr, je partage totalement l’affirmation selon laquelle le peuple palestinien a droit à la solidarité de tous ceux qui ont le souci de la justice. Cette affirmation est le socle sur lequel doit être construite notre analyse. Á l’évidence, le peuple palestinien est victime de l’occupation et de la colonisation mises en œuvre par l’État d’Israël avec la complicité de la communauté internationale. Mais, aujourd’hui, notre analyse doit aussi être fondée sur un autre fait non moins incontestable : aucune solution ne pourra être élaborée sans qu’il soit tenu compte de la présence sur cette même terre de Palestine du peuple israélien. Ceci, non pour des raisons de droit, mais pour des raisons de fait. Du point de vue palestinien, le maintien de l’État d’Israël n’est pas fondé sur la légitimité, mais sur la nécessité. Sans la reconnaissance de cette nécessité, aucune paix ne sera jamais possible. Aussi contestable que soit, en théorie, le principe du « fait accompli », celui-ci est devenu incontestable en pratique. Je n’entre aucunement dans l’argumentation, avancée par les « sionistes », fondée sur des considérants historiques et/ou religieux, pour justifier l’occupation de la Palestine par Israël. Ce ne sont donc pas les exigences de la justice, mais les contraintes de l’histoire qui doivent nous conduire à accepter le fait accompli de la présence des Israéliens en Palestine. Au demeurant, l’idée même que chacun des deux peuples puisse vivre dans un État libre et souverain suppose d’accepter le fait accompli de cette présence. Dès lors, « le principe de réalité » doit s’imposer et permettre de discerner le désirable, le possible et l’impossible. Le drame, c’est qu’il existe encore une forte minorité qui refuse toute co-existence avec Israël. Aujourd’hui, plus que jamais, cette minorité semble en mesure de bloquer tout processus de paix.

Un autre principe majeur doit fonder notre analyse : aucune solution imposée par la violence n’est et ne sera possible. Il faut accepter ce principe dans toute sa radicalité. Et il faut en conclure que la résistance palestinienne s’enferme elle-même dans une impasse pour autant qu’elle croit encore devoir recourir à la violence. Tout débat abstrait sur la légitimité pour un peuple opprimé de recourir à la violence doit être considéré comme hors de propos. La violence ne peut que resserrer le nœud du conflit, alors qu’il s’agit de le dénouer. Or, il nous faut convenir que ce principe n’est pas reconnu par l’ensemble des Palestiniens, loin s’en faut. Et il n’est pas reconnu non plus, loin s’en faut, par l’ensemble de ceux qui, en France notamment, affirment leur solidarité avec la résistance palestinienne. Peu importe, en définitive, s’il s’agit d’une minorité ou d’une majorité, mais le fait est que nombre de Palestiniens affirment la nécessité de recourir à la violence pour faire reconnaître leurs doits face à l’État israélien. J’insiste, la question, ici et maintenant, n’est pas de contester la légitimité de la violence, elle est de s’interroger sur l’opportunité politique et stratégique de cette violence. Or le réalisme nous oblige à reconnaître que cette violence est parfaitement contre-productive. In-opérante. Im-puissante. In-efficace. La violence palestinienne ne peut avoir pour effet que de provoquer et de justifier une violence israélienne extrême. Certains ne manqueront pas de me dire que, plutôt que de demander aux Palestiniens de renoncer à la violence, je devrais commencer par demander aux Israéliens de cesser de persécuter et d’humilier les Palestiniens. Certes, il faut dire cela aux Israéliens. Si on veut signifier que les Palestiniens ne pourront renoncer à la violence qu’à partir du moment où leurs droits seront reconnus pas Israël, dire cela, c’est précisément refuser de voir et de comprendre la réalité.

J’ai reçu beaucoup de mails ces dernières semaines à propos de la situation à Gaza. Chacun comprendra que je suis tout autant que quiconque profondément blessé, meurtri, par la souffrance des Palestiniens de Gaza parmi lesquels j’ai un ami très cher. Et bien sûr que, là encore, la responsabilité première est israélienne. Bien sûr. Mais j’ose dire que c’est en définitive tenir les Palestiniens pour des gens irresponsables, que de refuser de voir la responsabilité palestinienne. Comment s’aveugler au point de ne pas vouloir comprendre que les quelques roquettes artisanales lancées depuis Gaza sur le territoire d’Israël ne peuvent avoir d’autre efficacité que de provoquer un surcroît de violence de la part des Israéliens. La violence a ses lois. Elles ont implacables. Inflexibles. Accablantes. Cruelles. Féroces. Inhumaines enfin. Je pense qu’il est de la responsabilité de ceux qui entendent affirmer leur solidarité avec les Palestiniens de dire cela haut et fort. S’accommoder de cette violence, ce n’est pas être solidaire de la résistance des palestiniens, c’est être complice de leur malheur. En définitive, ce n’est pas dans l’espérance de vaincre que les Palestiniens recourent à la violence, mais en désespoir de cause. Nous ne saurions être de connivence avec ce désespoir. L’extrême tragique de la violence palestinienne, c’est qu’elle est un processus suicidaire. Il nous appartient de tout faire pour enrayer ce processus d’aller jusqu’à son terme.

Par ailleurs, comment analyser ce que le texte de la Plate-forme appelle « les affrontements inter-palestiniens » ? Il est sûr que le refus de la communauté internationale, et tout particulièrement de l’Europe, de refuser tout dialogue avec les représentants du Hamas après que celui-ci ait remporté démocratiquement les élections de janvier 2006 constitue une faute politique majeure. Un tel refus n’a pu qu’enfermer le Hamas dans son idéologie extrémiste. Au demeurant, le Fatah, pour sa part, portait lui-même une lourde responsabilité dans l’échec de sa gestion politique et économique des territoires palestiniens. Mais, là encore, nous ne saurions dénier toute responsabilité aux Palestiniens dans les affrontements fratricides qui les opposent en se contentant d’incriminer Israël et les Occidentaux.

Pour tout dire, il me semble que l’urgence absolue, c’est que les Palestiniens décident de renoncer à la violence. Cette décision aurait d’autant plus de force qu’elle serait unilatérale. J’ai la conviction que l’annonce d’une telle décision aurait un retentissement formidable et un impact considérable qui transformeraient radicalement le conflit qui les oppose aux Israéliens. Nul doute que ce renoncement à la violence ferait apparaître la cause palestinienne dans toute sa clarté aux yeux de l’opinion mondiale et vaudrait aux Palestiniens une solidarité internationale sans commune mesure avec ce qu’elle est aujourd’hui. Ce délaissement de la violence n’apparaîtrait pas comme un acte de faiblesse, mais comme un acte de force. Reconnu comme tel, il prendrait complètement à contre-pied l’État d’Israël dont la puissance militaire, qui constitue toute sa force dans un affrontement violent, deviendrait inutile. Cela aurait également l’avantage de permettre aux réseaux israéliens et juifs de militant(e)s pour la paix d’étendre largement leur audience au sein de la société civile d’Israël et dans le monde. Cela pourrait s’avérer décisif. Car la violence israélienne est aussi un processus suicidaire. Au demeurant, les Israéliens et les juifs qui, attachés à la réalité d’Israël qui, mais qui n’en sont pas moins révoltés contre les crimes et les destructions dont l’État d’Israël se rend coupable, doivent eux-mêmes s’interroger sur le choix d’une stratégie de l’action non-violente pour combattre la colonisation de la Palestine.

J’entends déjà tous ceux qui se récrieront en me reprochant d’avoir l’outrecuidance de donner une leçon de morale à un peuple opprimé. Qu’ils se rassurent, je tiens pour intangible le principe selon lequel c’est aux Palestiniens, et à eux seuls, de décider des moyens de résistance qui les plus appropriés. Eux seuls paieront le prix qu’il faudra payer. Mais l’idée que je me fais ne la solidarité n’interdit ni le dialogue, ni le partage, ni le débat, ni même, le cas échéant, le désaccord. Je pense que cela fait partie intégrante d’une solidarité fraternelle.

La violence, dira-t-on, les Palestiniens n’en font pas le choix, ils y sont contraints par la situation qui leur imposé par l’ennemi sioniste. Mais croire cela, n’est-ce pas laisser penser que les Palestiniens sont enfermés dans un destin tragique qui les condamnerait à être soit des martyrs soit des meurtriers ? Croire cela, n’est-ce pas leur dénier toute autonomie de pensée et d’action ? Refuser de débattre avec eux du choix des armes, n’est-ce pas en réalité nier l’autonomie qu’on prétend défendre ? N’est-ce pas les déposséder de la responsabilité d’être capable d’analyse et de décision ? Vouloir débattre avec eux, n’est-ce pas miser sur leur capacité d’autonomie, sur leur liberté de décision, en fin de compte sur leur dignité ?

Non, je ne donne pas une leçon de morale, je propose une analyse politique qui implique un choix stratégique. Non pas que le questionnement moral soit hors de propos dans ce débat – il est en définitive essentiel -, mais, présentement, ce n’est pas sur ce registre que j’entends me situer. Depuis des années et des années, la violence palestinienne pollue la cause palestinienne aux yeux de l’opinion publique internationale. Les militants pro-palestiniens s’indignent de l’indifférence de la communauté internationale sans comprendre que, pour une large part, cette indifférence se nourrit précisément de la violence palestinienne. L’idée prévaut au sein de la majorité silencieuse qu’« il faut bien qu’Israël se défende ». Cette idée, dont il faut au demeurant, que cela nous plaise ou non, reconnaître la part de vérité, agit sur l’opinion publique comme un chloroforme. On peut certainement le regretter, mais on ne peut pas le nier.

Le choix politique de renoncer à la violence analysé ici n’est pas inspiré par le choix de la non-violence. Il est dicté par une analyse politique qui s’efforce de prendre en compte la réalité de la situation. Pour autant, ce renoncement à la violence devrait être tout sauf un renoncement à la résistance. Au demeurant, il ne s’agit pas de renoncer au droit à la violence, mais de renoncer à l’exercice de ce droit. Au nom du réalisme politique. Et c’est ici que se pose la question d’une stratégie de l’action non-violente comme alternative à la violence. Nous savons que des Palestiniens, depuis plusieurs années, réfléchissent sur la non-violence. Mais, même parmi eux, prévaut généralement l’idée que le choix de la non-violence ne saurait impliquer une critique radicale du choix de la violence. Ils s’en tiennent le plus souvent à l’idée que la nécessité de résister aux injustices qu’ils subissent du fait de l’occupation israélienne donne aux Palestiniens le droit de recourir à la violence. Même si eux-mêmes choisissent l’action non-violente, ils acceptent le principe de la « diversité des tactiques » - ou de la « pluralité des tactiques » - selon lequel il conviendrait de concilier dans une même lutte des actions violentes et des actions non-violentes. Ainsi, pour beaucoup d’entre eux, la non-violence peut aller de pair à tout moment avec la violence. Dès lors, ils ne proposent pas le renoncement à la violence comme un principe politique. J’ai suffisamment d’amitié pour eux pour leur dire que ce positionnement n’est pas tenable. Si la complémentarité entre la violence et la non-violence a uns sens du point de vue de la violence, elle n’en a pas du point de vue de la non-violence. Le seul fait qu’ils considèrent la non-violence comme un complément à la violence implique qu’ils se situent encore dans la logique de la violence.

Pour autant, je comprends la difficulté dans laquelle ils se trouvent. Ils n’osent pas affirmer le choix du renoncement à la violence parce qu’ils ont conscience qu’une telle affirmation les rendrait suspects, aux yeux de beaucoup des leurs, d’être traîtres à la résistance palestinienne. Et c’est vrai que d‘aucuns les accuseraient de faire le jeu des sionistes. Il faut ici prendre en compte le fait que, toutes ces dernières années, s’est développée une véritable « culture de violence » au sein du peuple palestinien. Le recours à la violence appartient à son l’imaginaire. Il est fondateur de son identité nationale. L’extrême tragique de la situation est que cette culture est en réalité une « culture de mort ». Cette « culture de mort » se fonde tout particulièrement sur le « culte des martyrs ». La tâche, mais elle est gigantesque, est donc de déconstruire cette culture de violence et de construire une culture de non-violence.

Dans l’idéal, le renoncement à la violence devrait s’accompagner du choix de la stratégie de la résistance non-violente. Est-ce possible ? Rien n’est moins sûr dans les circonstances présentes. Probablement que cela est même impossible aujourd’hui. Cependant, l’action menée par les habitants de Bilin constitue un réel espoir.

Il a souvent été dit que la première Intifada, commencée en 1987 et qui a duré plus de quatre ans et demi, a été non-violente. Ce qui, en toute rigueur, est inexact. Certes, le Comité exécutif de l’OLP a décidé d’interdire l’usage des armes à feu et cette décision a constitué un événement dont l’importance doit être soulignée. Par ailleurs, de nombreuses actions non-violentes ont été mises en œuvres (désobéissances civiles, boycotts, institutions parallèles, …). Mais le choix de la non-violence n’a jamais été mis en avant. Le symbole de la première Intifada a été lancement de pierres. Celui-ci n’était pas un symbole de non-violence, mais très exactement un symbole de violence. De telle sorte que la résistance palestinienne n’a pas bénéficié de l’impact qui aurait été celui d’une résistance non-violente. (Cf. sur ce sujet l’étude documentée et rigoureuse de Mohammed Abu-Nimer, Nonviolence and Peace Building in islam, Theory and Practice, Univerity Press of Florida, 2003)

J’ai bien conscience que ce discours sur le renoncement à la violence est difficilement audible pour un grand nombre des militants pro-palestiniens français. Tout porte à croire que si je faisais une intervention dans ce sens au rassemblement prévu le 17 mai au Parc des Expositions, je me ferais copieusement hué ! Et, pourtant, plus je réfléchis, plus je suis convaincu que seule la décision palestinienne de renoncer unilatéralement à la violence est capable, à terme, de changer la donne en Palestine. Sinon, la situation risque d’empirer chaque jour davantage. Et cela, en dépit des gesticulations diplomatiques actuelles. Sinon, nous continuerons d’assister, impuissants et scandalisés, à la montée aux extrêmes de la violence.

Les revendications mises en avant par la Plate-forme des ONG françaises pour la Palestine sont toutes justifiées en théorie :

  • Le retrait des Territoires palestiniens et la création d’un État palestinien viable dans les « frontières » de 1967 ;
  • Le démantèlement du mur ;
  • Le démantèlement des colonies de peuplement, le rétablissement de la liberté de circulation des personnes et des biens dans les Territoires palestiniens occupés ;
  • La reconnaissance de Jérusalem-est comme capitale du futur État palestinien ;
  • La reconnaissance du droit au retour des réfugiés palestiniens ;
  • La libération des prisonniers politiques palestiniens détenus de façon illégale.

Mais j’ai très peur que ce soient là des revendications qui, aujourd’hui et probablement demain, soient hors de portée. Il faut avoir la lucidité de reconnaître qu’au regard de la situation qui, dans chacun des deux camps, prévaut sur le terrain et surtout dans les mentalités, ces exigences sont irréalistes. Aujourd’hui, selon toute probabilité, elles relèvent d’une vision idéaliste de la réalité. Continuer à les mettre en avant, comme cela se fait depuis des années, ne changera strictement rien à la réalité. C’est pourquoi, au demeurant, de plus en plus d’observateurs pensent que la situation réelle rend de plus en plus impossible la création d’un État palestinien viable. C’est pourquoi, des Palestiniens de plus en plus nombreux réfléchissent sérieusement à la création d’un seul État bi-national démocratique et laïc. Le malheur, c’est que ce projet est certainement également hors de portée. Je lisais l’autre jour un dialogue, au demeurant fort courtois, entre deux personnalités palestiniennes qui avaient sur cette question des avis opposés. Ce qui m’a frappé, c’est que les arguments de l’un pour récuser le point de vue de l’autre étaient infiniment plus convaincants que ceux qu’ils s’efforçaient de faire valoir pour justifier leur propre point de vue.

Ceci étant, il reste que les objectifs avancés par la Plate-forme sont justes au regard du droit international. Par principe, le respect de ces exigences formulées par les Palestiniens ne dépend pas de la décision des Palestiniens, mais de la décision des Israéliens. Les Palestiniens sont les demandeurs, les Israéliens sont les décideurs. Ce qui appartient aux Palestiniens, c’est de décider quelles sont les initiatives qu’ils peuvent prendre pour créer les conditions politiques qui permettraient de réaliser ces objectifs. Doivent-ils, pour cela, recourir à la violence ? Les faits ont déjà apporté une réponse négative à cette question. Et, comme nous le savons, les faits sont têtus. La réponse des faits, c’est non seulement que la violence ne fait pas progresser la justice, mais qu’elle l’éloigne. Le renoncement à la violence apparaît donc comme l’une des conditions sine qua non pour atteindre ces objectifs. Mais le renoncement à la violence, au-delà de son impact immédiat sur l’opinion publique, ne pourrait se suffire à lui-même. Il permettrait précisément d’inventer et d’expérimenter les méthodes d’une stratégie de résistance non-violente. (Á cet égard le livre du Palestinien Mubarak Awad Non-violent struggle – 50 crucial points est un document extrêmement précieux. Cf. également ma brochure La non-violence en action, éditée par le MAN et traduite en anglais et en arabe. Consulter aussi le site arabe : www.maaber.org).

En définitive, face à la situation qui prévaut actuellement en Palestine, quel est le choix le plus réaliste ? Le choix réaliste est celui qui est à la fois possible, probable et efficace. Le choix de la violence est possible et il est probable. Mais il est inefficace. Le choix de la non-violence est possible et il est efficace. Mais il n’est pas probable. Dès lors, le choix réaliste est de prendre toutes les initiatives possibles pour augmenter les probabilités du choix de la non-violence. Le choix de la résistance non-violente offre une issue « idéale », mais il n’est pas idéaliste. Les Palestiniens qui la choisiront peuvent espérer poser des jalons qui seront utiles quand crimes et ruines auront suscité, face au désastre, une prise de conscience mondiale.

Aujourd’hui, la situation est gravissime, probablement davantage que nous n’osons le reconnaître. Il n’y a pourtant pas de fatalité. Á condition que nous nous efforcions de faire preuve de lucidité. C’est ce à quoi je me suis efforcé. Sans toutefois prétendre y être parvenu.

Aujourd’hui, il s’agit d’éviter le pire. La communauté internationale doit sans plus attendre se mobiliser pour faire cesser le blocus économique imposé par Israël à la population de la « Bande de Gaza ». La situation humaine et humanitaire est devenue tragique. Absolument. Il faut de toute urgence, sans fixer aucun préalable, nouer un dialogue diplomatique avec les autorités du Hamas qui contrôlent cette zone et faire pression sur les autorités d’Israël. L’idée, qui a prévalu jusqu’à présent, selon laquelle, « on ne dialogue pas avec des terroristes », n’est pas acceptable, aussi contestables, je crois l’avoir suffisamment souligné, que soient les tirs de roquette. Ceux-ci ne sauraient rester plus longtemps un prétexte à l’inaction de la communauté internationale. Celle-ci sera d’autant plus crédible pour demander un « cessez le feu » aux Palestiniens, qu’elle se sera engagée avec la plus grande détermination pour que soient respectés envers les Gazaouis les simples exigences d’humanité. Toutes les conditions sont remplies pour appliquer le principe d’ingérence. Demain, il sera trop tard.